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Pourquoi coder devrait figurer dans le cursus scolaire dès la primaire

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Jennie Lamere, âgée de 17 ans, était la seule fille à participer au Boston Hackathon. Elle était la gagnante. Quand j’ai lu l’article, nous avions tout juste débattu à la maison de la nécessité d’introduire l’apprentissage du code, de l’écriture sur des blogs et des compétences de publication numérique dans le cursus pédagogique tout entier. Et filles comme garçons doivent y participer dès leur plus jeune âge. Voici les raisons pourquoi, je pense que c’est important.

D’abord, parce que filles comme garçons devraient s’y frotter. Nous avons besoin de plus de filles “geekettes” afin de sortir des attitudes soi-disant neutres des informaticiens : coder, c’est inventer. Inventer, c’est influencer les habitudes et utilisations des gens dans une société. Je pense qu’il est indispensable d’avoir des attitudes féminines comme masculines pour rétablir des équilibres. Malgré tout, et dans l’état des lieux actuel, les filles ont un autre regard sur la société que les garçons.

Cultures informatique et numérique
Il est rare d’avoir une femme stagiaire dans mes formations qui a une culture informatique et numérique plus avancée que les hommes participants. Extrêmement rare. Et je trouve que c’est inquiétant. Je ne vois pas pourquoi ce serait le cas. Traditionnellement, les femmes s’occupent de la communication et les hommes de l’informatique. Et les ‘informaticiens’ ne savent pas communiquer, ou voilà, pas souvent. Ou c’est l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Alors que les communicants ne savent pas comment fonctionnent les outils et les applications dont ils se servent.

Peu nombreux sont les participants de mes formations qui comprennent ou maîtrisent les concepts techniques des outils et des applications qu’ils utilisent.
La base de base (comment sont constitués une adresse web, la fonctionnalité des liens hypertextes, ce qu’est une base de données, ce que sont les données publiques et privées dont on parle tant, ce qu’est un serveur, …) est le plus souvent nouvelle pour eux. C’est aussi pour cela qu’ils sont en formation. Mais dans nos entreprises, cette base est importante. Et elle devrait être couplée avec des réflexions sur l’éthique des outils et des machines, et la relation entre l’homme est ses artefacts. Car le monde se robotise, et la fin du numérique dans toute sa splendeur n’est pas en vue.

Dans ce contexte, il me semble indispensable d’apprendre l’informatique, au-delà l’utilisation d’Excel et de Word ou alors décrire un ordinateur. Pour y arriver, je ne vois qu’une voie : le mettre dans le cursus scolaire au même titre que la chimie et les sciences physiques.

Je distinguerai une utilisation des applications approfondie (bloguer, utiliser les plateformes de partage, savoir agréger et partager l’information via les outils en ligne, pour en citer quelques-unes) de l’apprentissage informatique pur et dur.

Coder, c’est apprendre une nouvelle langue, avec toute la précision qu’il faut pour que l’effet escompté soit atteint. Oublier une virgule peut causer un bogue. Être précis(e), savoir respecter des procédures, travailler en équipe : ce sont des compétences dont la société aura besoin. Et ces compétences pourront porter leurs fruits dans l’apprentissage des autres langues : aussi bien pour la langue maternelle que pour les langues étrangères.

Le regard des parents
Image : John Atkinson 2011-2013 http://wronghands1.wordpress.com/L’enfant qui rentre à la maison et qui vient de réaliser son premier GIF animé ou son premier blog (en primaire), qui participe à un blog collectif avant, pendant et après le voyage scolaire (voilà des parents contents qui pourraient suivre leurs enfants pendant leurs premières absences !), qui tient un Scoop.it sur un sujet d’étude, sortira de l’utilisation purement de loisirs et peut provoquer un engagement différent de ses parents. Au lieu de voir son enfant uniquement passer du temps “à ne rien faire” (entre guillemets, car je ne trouve pas qu’un enfant qui passe son temps “à ne rien faire” ne fait rien, mais c’est un autre débat), il pourrait probablement compter sur le soutien de ses parents pour ce qu’il a fait.

Apprendre l’informatique changera le regard des parents sur les ‘geeks’ et sur les heures passées devant un ordinateur. L’enfant qui montre à son parent ce qu’il a inventé ou fait marcher raconte une autre histoire et engage son parent dans la vie numérique.

Sortir de l’image du consommateur passif
Bien que je ne pense pas qu’une utilisation de loisirs soit inutile, je constate que beaucoup de parents se plaignent que leurs enfants soient passifs et ont une attitude consommatrice par rapport au numérique. Les obliger à produire, à devenir créatifs, à devenir “consom’acteur” pourrait changer la donne.

En leur donnant des outils, de la pratique, des connaissances et le goût de réaliser des projets numériques, ils seront obligés de voir leur outil et leur existence numériques autrement. Comprendre ce qu’est une base de données, ce qu’est le TCP/IP, la différence entre un logiciel sur un ordinateur et une application dans le “cloud”, et ce qui en découle… tout cela devrait être acquis à 18 ans.

Conclusion
Nous laissons nos enfants seuls avec leurs outils aujourd’hui. Ni parents, ni professeurs, savent vraiment les utiliser, au-delà les outils de base. La création numérique n’est pas inscrite dans le cursus scolaire et c’est bien là où nos enfants devraient devenir encore tous des experts !

Le plus souvent, le rôle des parents est de dire ou de négocier ce qui est acceptable ou ne pas acceptable comme utilisation numérique. Et cette approche se résume la plupart du temps à ce que les parents trouvent dangereux ou non souhaitables comme comportement. Un vrai débat sur à la fois l’âge minimum d’utilisation des réseaux sociaux et les outils comme pc ou tablette, sur l’éthique en ligne vis-à-vis de l’autre et par rapport à la créativité online et offline (et comment l’univers en ligne pourra-t-il influencer l’univers hors ligne) me semble important. Mais tout cela, basé sur une connaissance approfondie des techniques (outils et applications) et des habitudes qui sont en pleine mutation.

Et parallèlement, on pourrait peut-être passer un peu de temps à la philosophie qui étudie la relation de l’humain avec ses artefacts. Ce ne pourrait faire que du bien : la pratique et la réflexion, pour arriver à une plus grande compréhension de notre vie numérique d’aujourd’hui et de ce qui nous attend demain.

Pour finir, le regard et l’utilisation des femmes dans cette démarche seront un préalable pour la société 2.0 équilibrée de demain.

Crédit images : John Atkinson 2011-2013 / http://wronghands1.wordpress.com/

Lisez l’article du Boston Hackaton sur www.motherjones.com

Voir aussi Scoop.it - Web 2.0 et société -

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Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

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