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“Allô quoi” de Nabila désormais protégé… qu’en est-il de l’avenir de nos idées ?

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Et oui, quelqu’un dit une chose simplement stupide, trop drôle pour ne pas la répéter (la nature humaine est intéressante), qui devient par la suite un buzz sur le web et hopla ! on la protège par le dépôt d’une marque à l’INPI. Histoire vraie dans une société néo-libérale, dans laquelle la protection d’individus qui pensent pouvoir monétiser une idée sans les autres est encore omniprésente. Cela vaut un article sur mon blog, pas bien réfléchi, j’avoue, car pour une fois de plus, madame est en colère :-).

Sites qui buzz : le retrait de la vidéo de Sarenza, parodie sur "Allô Quoi" de NabilaNabila, starlette d’une émission télé, prononce la désormais célèbre phrase “Allô, t’es une fille t’as pas de shampoing ? C’est comme si j’te dis, t’es une fille, t’as pas de cheveux” qui est repris par de nombreuses gens : les parodies fleurissent en ligne et jusqu’à dans mes formations, on l’utilise pour alléger et se faire plaisir.

Ensuite, les marques l’utilisent les parodies pour leurs pubs, ce qui a dû réfléchir réellement la belle Nabila. Ainsi, il y fut une publication sur la page Facebook de Oasis (que je vous recommande vivement !) que je trouve trop forte : “”T’es un fruit et t’as pas de pépins ?! Non mais à l’eau quoi !!!“” Pas mal. Lisez d’ailleurs cet excellent article sur le bienfait ou non, des parodies par les marques >>.
Mais bon, finie la récré, retour au “business as usual”. Nabilla et la SARL La Grosse Equipe détiennent désormais tous les droits (s’il n’y a pas opposition dans les trois mois qui suivent, si j’ai bien compris) et doivent assurer à eux seuls le buzz. Car qui dit interdiction d’utilisation, doit le faire tout seul. Trop dangereux pour faire le buzz, donc abstention.

Les droits d’auteur, les marques et l’avenir de nos idées
Lawrence Lessigqui enseigne le droit à l’université de Stanford, a écrit un célèbre livre en 2001 sur les menaces du droit d’auteur tel qu’il est interprété actuellement par nos sociétés. Il tient un plaidoyer pour une autre interprétation, et il a été une des personnes clés de la réponse web 2.0 aux droits d’auteur qui s’appelle Creative Commons. Lessig publie des livres, mais lui-même les met à disposition gratuitement : vous pouvez télécharger son livre “The future of ideas” ici >>.

Il explique que, pour filmer un documentaire, il faut vérifier et payer des droits pour chaque objet qui va être utilisé sur scène : du bout d’affiche sur un mur à l’arrière-plan jusqu’à la bouteille de coca-cola qu’un passant tient dans ses mains. De ce fait, le travail du réalisateur devient impossible, car il ne pourra plus donner du sens aux scènes qu’il filme, car ceux-ci deviennent génériques et dépourvus de tout lien avec une réalité avec laquelle nous, spectateurs, peuvent nous identifier.

Pour Lessig, les droits d’auteur deviennent une menace énorme pour la créativité. Et qui dit créativité, dit innovation. Et qui dit innovation, dit économie. Vous me suivez ? On est loin du “Au pays des inventions” qui est la phrase d’accroche de l’INPI…

Histoire vraie
Dans une ancienne vie, j’ai travaillé pendant quelques mois à une idée que nous avions : avec l’ouverture des domaines sous .fr, nous pensions que ce serait une bonne idée de lancer un produit qui s’appelait “bondedomaine.fr”. Le client pouvait offrir un nom de domaine, sous forme de bon de cadeaux. Sauf que, quelques jours après le lancement du site web, nous avons reçu un courrier, très officiel, signé par le plus grand avocat dans le domaine de noms de domaine, pour son client, le groupe Accor, qui nous réclamait une somme folle pour une toute petite entreprise. Car ils avaient déposé la marque “bondedomaine” et de ce fait, nous ne pouvions pas l’utiliser. Le pire ? Ils n’avaient nullement l’intention de l’utiliser. Fallait juste interdire aux autres. Et hopla ! Trois mois de travail à la poubelle. Histoire vraie.

Allô quoi et le buzz
Pour comprendre si on peut en effet protéger une phrase comme celle-ci, lisez l’article paru dans Le Monde. Pour ma part, je trouve que c’est gravissime. On lance une phrase, par hasard. On laisse le temps aux gens de faire le buzz. Ensuite, on comprend qu’il y a là un moyen de monétiser. Et on va interdire aux autres ce qu’ils ont fait pour que vous puissiez capitaliser sur cet effet : fini le buzz, je prends et je conserve.

Non seulement je trouve que cette attitude fait preuve d’un dédain vis-à-vis du public, sans qui ils n’auraient même pas eu cette visibilité, mais je me demande si nous ne pouvons pas réclamer des droits à la SARL La Grosse Equipe pour avoir fait un énorme travail pour eux. Le web devrait être une énorme place de créativité et d’innovation, car nous en avons besoin, dans laquelle les parodies, les lulz et LOLcat ont leur rôle à jouer. Il s’agit de l’avenir de l’innovation, mais avant tout, de la forme que nous voulons, ou ne voulons pas donner à notre société !

Qui lancera une page Facebook pour demander de boycotter les produits commercialisés sous la marque “Allô quoi”. Faites le buzz, s’il vous plaît !

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Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

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