//
vous lisez...

Toerisme 2.0 | Tourisme 2.0

Le storytelling touristique et la perception nouvelle par les applications photographiques

Bookmark and Share

Récit d’un petit voyage, deux façons de raconter une expérience touristique de façon non-institutionnelle, et la nouvelle réalité augmentée, modifiée, par les lunettes de soleil et les applications photographiques. Pas facile de trouver le fil rouge de ce billet, mais bon, il a été écrit sur une terrasse au sud de l’île de La Réunion.

7/03/2013 – Suis partie trop tard, comme d’habitude. Des e-mails à traiter, un peu de veille sur les réseaux et hopla ! Il est déjà 11 heures. Je vous l’avoue, j’ai appelé mon mari pour qu’il me dise d’arrêter de travailler et de profiter de ma journée ‘vacances’. Ce que vous ne savez pas, mais moi si, c’est que je soupçonne ma famille de me pousser d’aller me balader, de m’arrêter un max pour prendre de ces photos bizarres, mais surtout en grandes quantités, sans qu’ils aient à m’attendre à chaque fois que la fièvre photographique se saisit de moi. Comme cela, si un jour nous pouvons venir ensemble, ils seront tranquils. Pas mal, comme stratégie :)-.

Je suis donc partie de mon petit coin de paradis à l’hôtel Les Créoles (yesyes, je fait de la pub pour ce que je trouve bien !), pour en chercher un autre, au sud de l’Ile de La Réunion, à 90 km de l’ouest de l’île.

Et cette balade vaut le coup ! Je ne suis pas certaine de pouvoir expliquer cette beauté et les images mentales que provoquent les coins par lesquels je suis passée. Je suppose que cela s’appelle “l’expérience”.

Restaurant Puits des Anglais, Ile de la Réunionn 2013Je me suis arrêtée au restaurant au Puits des anglais, entre Saint-Joseph et Saint-Philippe, sans comprendre l’origine du nom. Ce coin n’a rien, mais absolument rien d’anglais :-). La dame m’aide à mieux comprendre : ce sont des Anglais qui sont arrivés premiers à ce bout du monde, et ils avaient accès aux puits d’eau douce qui aujourd’hui n’est plus en utilisable. Un peu plus haut, il y a le ‘Puits des Français’ et un peu plus vers le sud, le Puits des Arabes. Merci, chers stagiaires, d’annoter mon billet, car je suis loin d’être certaine de disposer d’informations fiables :-).

Bref, vue sur la mer qui s’abat sur les rochers, une eau transparente et visiblement sans merci. J’entends de cris de beaucoup d’enfants, sans comprendre d’où ça vient. J’ai vue sur un parc, la mer et un bloc de toilettes peint dans ces couleurs de vert et bleu délavés si typiques de l’île. J’ai commandé un plat de choux vacoa, et la dame m’explique que ce sont les parties tendres des arbres qui arbritent la terrasse. J’attends avec impatience, car manger du vacoa me consolerai avec l’atelier vacoa que j’ai raté, samedi dernier :-).
Et si manger seule dans un restaurant, aussi sympathique soit-il, ne m’enchante guère, c’est le top quand vous vous asseyez à côté d’un couple qui se dispute. Et quand la dame m’a proposé de m’assoir face à la mer, j’avais donc toutes les raisons de suivre son conseil.

Après déjeuner, je m’avance vers la mer et comprends tout d’un coup d’où viennent ces bruits des enfants si joyeux : entre parc et mer, logé dans des rochers noirs du volcan, je découvre une jolie petite piscine à l’ancienne, dont les murs et le sol ont été peints en bleu clair, et en forme bizarre, pour s’accommoder à la nature. Des enfants dans la piscine, et dans le trou juste à côté, entre blocs de lave sur lesquels s’abat la mer. C’est la période des vacances à La Réunion et ça se voit.
Piscine de la mer aux Puits des Anglais, sud ile de La Réunion, 2013

Et je comprends mieux la problématique de l’île : on partage avec et ‘vend’ aux touristes la nature sauvage qui comprends cette liberté et une sorte d’insouciance, cette union avec la nature tel que ces enfants le vivent, mais c’est en même temps la raison de la problématique de l’île : tu as quinze ans, tes parents roulent dans un Nissan 1995 ou un Fiat 1986, ton frère vient de se procurer un Subaru qu’il a décoré avec plein d’images impressionnantes, tu habites pas loin du Puits des Anglais, dans un de ces blocs d’appartements des années 70 avec un parabole sur tous les trois balcons, et tu passes tes journées en phase avec la mer, jouant entre ce qui est raisonnable et dangereux. Et un jour on suppose que tu rentres dans la vie ‘normale’, mais quelle vie ‘normale’ ? Avec un taux de chômage de jeunes frôlant les 60%, ça craint.

Comprendre la beauté de L’Ile de La Réunion, par lunettes et applications mobiles :-)
Comment expliquer cette beauté alors, celle qui m’a été racontée sous forme de descriptif de ‘produits’ par mes stagiaires depuis dix jours ? En partant de l’Ermitage, on prend la grande route littorale, et l’aventure commence toute de suite. En fait, à l’île de La Réunion on ne cherche pas le coin de paradis, c’est un très grand caillou de paradis tout entier.

On descend vers le sud, entre mer et montagnes, les brouillards et nuages sur les collines à gauche, et les différentes couleurs de la mer à ma droite. J’adore ces montagnes voilées, cette voile qui s’alterne avec les vrais nuages, et qui donnent un air mystérieux et intangible aux collines de cette terre volcanique. Elles peuvent presque entièrement disparaître, mais le plus souvent, et c’est ce que j’aime le plus, les nuages noires arrivent sur le cols, et se heurtent à l’air chaude venant de la mer : c’est comme une lutte perpétuelle.

Une fois quittée l’autoroute, je traverse des villages sympathiques : cases créoles anciennes et nouvelles, un patrimoine bâti important des années cinquante – soixante et soixante-dix se perd dans cette nature luxuriante : je vois des vacoa, des plantations d’ananas et plein d’autres arbres dont je ne connais pas le nom. Et quand je quitte ma voiture pour prendre quelques photos, je suis agréablement surprise par une odeur sucrée dont je ne connais l’origine. Et par les avocats qui pendent dans les arbres, et qui ne sont pas visibles sur mes photos, comme pour me dire que la nature est toujours plus maligne que moi.

Le regard, quel regard ?
Faute d’une déformation professionnelle grave, je ne peut pas m’empêcher de contempler les effets de mes lunettes de soleil sur ma perception de ces paysages inoubliables et de tisser un lien avec ces applications photographiques par lesquelles nous apercevons le monde aujourd’hui. Cela fait quelques années déjà que je me demande si je ne passe pas à côté de la ‘vraie vie’ si je mets mes lunettes de soleil : d’un seul coup, le monde semble gagner en courbes, niveaux et contrastes sans avoir à maîtriser Photoshop.
Le rythme de la plage à Santec, 2013A vrai vous dire, je préfère le monde à travers mes lunettes brunes: j’ai pu apercevoir des nuances dans l’eau que l’oeil “nu” n’aperçoit pas, des effets atmosphériques par dessus l’eau et de beaux reflets, et soupçonné des profondeurs dans l’eau par les différentes couleurs que l’eau, avec l’aide du filtre de mes lunettes, fait apparaître. Sans mes lunettes, cette nature est beaucoup plus pâle. Est-ce que le fait de porter des lunettes change ma perception de la réalité, ou la réalité tout court ?

Dans la continuité des lunettes de soleil, quoi penser des applications smartphone telles que Hipstamatic, Instagram, Instaweather ou Instaplace. Ou encore de ces dernières venues sur le marché, qui vous permettent d’ajouter du texte à votre photo, et qui changeront à jamais notre relation avec la photo (lisez l’excellent article de François Perroy sur ce sujet, sur etourisme.info).

Soudainement, le texte ajouté, qui’il soit humoristique, triste ou décalé, nous propose le regard ‘augmenté’ de son acteur et grave des images mentales ‘augmentées’ dans notre inconscience. Plus jamais on ne pourrai voir le monde tel qu’il est, ou plutôt, tel qu’il était. Cette réflexion nous mène tout droite vers la philosophie, domaine que je ne maîtrise pas, mais je sais qu’il va falloir creuser dans le domaine de la post-phénoménologie : l’étude de notre relation à la technologie (les applications) et aux artéfacts que nous utilisons sans trop y réfléchir (les lunettes de soleil).

Si on veut faire un petit retour en arrière dans l’histoire de l’humanité et de la technologie, on voit qu’il n’y a rien de nouveau, car la photographie a changé le regard de l’homme sur le monde. Pour le refaire aujourd’hui… Mais où cela s’arrête ? (Doit-il s’arrêter d’ailleurs ? Nonnonnon, pas de nouvelles questions philosophiques dans un billet, Beer, tu devrais te limiter à une, et tu n’y arrives déjà pas, mais pas-du-tout !).

Pour voir plus de photos de mon séjour à La Réunion, c’est par ici >>

Share

Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

View BeerBergman's profile on slideshare

Archives