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Aaron Swartz, l’accès libre et la Bibliothèque nationale de France : visions d’une société 2.0…

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IL y a dix jours, Aaron Swartz, jeune hacker et défenseur des droits à un accès libre pour tout et chacun à des ressources en ligne, s’est suicidé. Dans cet article, je reviens sur l’accord signé par la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, qui est en fait une privatisation des oeuvres du domaine public et la relation avec la cause de Swartz.

La cause d’Aaron Swartz
Aaron Swartz était sous le coup d’un procès incroyable, sous le Computer Fraud and Abuse Act (CFAA), qui, selon des spécialistes ferait de tout le monde avec un ordinateur un criminel, et risquait une peine de 35 ans d’emprisonnement et une amende de $ 1,000,000. Rien que cela… pour avoir libéré des oeuvres de la bibliothèque JSTOR, en un acte politique, sans viser un enrichissement personnel quelconque.

Depuis, les spécialistes continuent à expliquer comment la justice fédérale met en place ses procédures et pourquoi cela est une aberration. Loi ou pas loi, la question de la proportionnalité s’impose. Lawrence Lessig l’a exprimé le mieux de tous : “Fifty years in jail, charges our government. Somehow, we need to get beyond the “I’m right so I’m right to nuke you” ethics that dominates our time. That begins with one word: shame.” (D’ailleurs, c’est vrai pour nos états, mais c’est également vrai pour les individus…)
Et en effet, si les philosophes nous invitent à réfléchir sur une nouvelle éthique dans nos relations avec les technologies, ou encore à se demander si les technologies ont une éthique, il est évident que les technologies et les nouvelles habitudes et opportunités nous invitent à revoir l’éthique dans tout ce qui touche à la société en ligne, tout comme dans la vie physique, à commencer peut-être par la justice. (Et ces réflexions ne devraient pas rester cantonnées dans des cercles de philosophes : que faisons-nous en matière d’éducation, auprès des jeunes et moins jeunes, auprès de nos politiques, de nos dirigeants ?)

Stupeur internationale
Et voilà que depuis une semaine la blogosphère pleure, écrit, réfléchit, réagit et essaie de comprendre en quoi ce sort triste d’Aaron Swartz, jeune activiste et garçon brillant, nous émeut autant… Certes, il était voué à être spécial depuis son plus jeune âge, inventeur aux côtés de Tim Berners-Lee pour le développement du RSS à 14 ans et aux côtés de Lawrence Lessig pour la création des Creative Commons avant ses 20 ans. Co-fondateur de Reddit, activiste et co-fondateur de demandprogress.org, et à l’origine d’une des plus importantes résistances pour une cause importante, contre les lois SOPA et PIPA. Swartz comprenait comme personne d’autre l’importance d’un web libre et neutre et savait intégrer les facettes technologiques, politiques et sociétales. 1) Lisez par exemple ce texte de Jeff Jarvis, qui explique ce qu’il a appris d’Aaron Swartz au sujet des droits d’auteur et au libre accès à l’information.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Fgh2dFngFsg[/youtube]

 

Suite au décès d’Aaron Swartz, blogueurs se sont emparés de la question du libre accès des oeuvres du domaine public, @OReillyMedia met son livre Open Government en #libreacces (CC-BY-NC-ND), d’autres écrivains ont fait la même chose. Quelques activistes ont créé le “Aaron Swartz Memorial JSTOR Liberator“, un bookmarklet (Javascript) qui permettrait de libérer des oeuvres de la JSTOR, ultime hommage à un homme qui est devenu, depuis son décès, un vrai héros.
Aux Pays-Bas, un ancien copain de classe, le journaliste et acteur de l’innovation du journalisme Bart Brouwers, a publié un article sur son blog dans lequel il pose la question de nos attentes, de nous, les citoyens, de nos gouvernements. Le libre accès semble tellement important pour une société juste et équitable, focalisée sur l’avenir et non sur les droits de “l’ancien régime”, les temps d’avant le web 2.0, que nous ne pouvons qu’insister auprès de nos politiques pour défendre ces idées.

Aaron Swartz et la Bibliothèque Nationale de France
Et c’est justement à ce moment, que le ministère de la Culture annonce que la Bibliothèque Nationale de France a signé un accord avec deux entreprises qui vont numériser des oeuvres du domaine public,… pour vendre l’accès à ces oeuvres ensuite, pendant une période dix ans ! Les universités, les citoyens, ceux qui ne peuvent pas se déplacer à Paris, vont devoir payer pour pouvoir avoir accès à des articles qui sont la propriété de nous tous.
Sur ce, il y a heureusement une colère qui monte, et des publications en ligne apparaissent, comme cette publication d’un certain nombre d’organisations qui se révoltent contre cette signature.

Le texte sur l’accord signé entre la BnF et les entreprises :

“Paris, le 18 janvier 2013 — Le ministère de la Culture a annoncé hier la conclusion de deux accords, signés entre la Bibliothèque nationale de France et des firmes privées, pour la numérisation de corpus de documents appartenant pour tout (livres anciens) ou partie (78 et 33 tours) au domaine public. Les fonds concernés sont considérables : 70 000 livres anciens français datant de 1470 à 1700, ainsi que plus de 200 000 enregistrements sonores patrimoniaux. Ces accords, qui interviennent dans le cadre des Investissements d’avenir et mobilisent donc de l’argent public, vont avoir pour effet que ces documents ne seront pas diffusés en ligne, mais uniquement sur place à la BnF, sauf pour une proportion symbolique.”

(Source : www.framablog.org - Lire l’article sur Scoop.it - Web 2.0 et société)

L’accès libre vu par Aaron Swartz
Revenons sur le sujet d’Aaron Swartz, qui lui, justement, a dit quelque chose d’important par rapport à cet accès libre des oeuvres du domaine public :

“If you go back and read Aaron Swartz’s Guerrilla Open Access Manifesto, published in July 2008, it’s easy to understand his motivations for the stunt:

“The world’s entire scientific and cultural heritage, published over centuries in books and journals, is increasingly being digitized and locked up by a handful of private corporations. … Forcing academics to pay money to read the work of their colleagues? Scanning entire libraries but only allowing the folks at Google to read them? Providing scientific articles to those at elite universities in the First World, but not to children in the Global South? It’s outrageous and unacceptable.”"

(Source : adage.com - Lire l’article sur Scoop.it - Web 2.0 et société)

Et nos politiques…?
On se demande si nos politiques ont compris quelque chose sur le sujet du web, de son passé et de son avenir, et surtout de son influence sur notre société à long terme . On dirait que non. Et c’est inquiétant. IL va falloir interpeller encore plus nos politiques, il me semble : le temps est peut-être venu de relancer les actions du Social neXtwork ?

Mais commençons par une action massive pour revenir sur la décision concernant la privatisation des oeuvres numérisées de la BnF

1) Lire aussi l’article en anglais, sur la vie de Aaron Swartz sur le site de CNN .

 

Ajout du 22 septembre 2013 :  Quelques autres publications à lire

Je lisais cet article sur Aaron Swartz et trouvait qu’il ne pouvait pas manquer à cet article. Très beau..

Sur les aspects juridiques >>

Précisions concernant les contributions d’Aaron Swartz au RSS et Reddit >>

Un des articles les plus complètes et émouvants que j’ai lus ces derniers jours>>

Un article d’Aaron Swartz : “how to get a job like mine?” >>

Un peu plus sur le système juridique américain et Carmen Ortiz >>

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Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

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