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Innovatie | Innovation

Retour sur les #ET8 – Histoires d’une relation à double identité

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C’est quoi, les #ET8 qui ont envahies les tweets les 23 et 24 octobre dernier ?
Ce sont les 8èmes Rencontres Nationales d’E-tourisme Institutionnel, qui se sont déroulées les 23 et 24 octobre 2012 à Pau, lé rassemblement français de tous ceux qui travaillent dans le secteur du tourisme : les salariés des Offices de Tourisme, des Agences de Développement Touristique et des Comités Régionaux du Tourisme. Directeurs comme agents d’accueil, ou alors les responsables TIC. Des représentants du tourisme en Québec et en Suisse y étaient cette année.
Mais aussi pour tous ceux qui sillonnent autour : les formateurs (ehum), les prestataires de services, et… les élus. De cette dernière cible, seuls une vingtaine parmi eux ont jugé nécessaire de venir, ce qui pourrait se révéler comme un vrai problème dans le secteur du tourisme. J’y reviendrai plus tard.

Un grand moment : les “15 minutes chrono”
Et j’y étais cette année, avec une présentation sur “Les ID-entités numériques et physiques“. Un sujet qui me tient à coeur et dont je parle beaucoup lors de mes formations. Mais être invitée à présenter une vision devant un public de 800 personnes n’est pas seulement un honneur, c’est aussi lancer un débat à la collectivité autour des idées délicates. Celles de la relation entre notre identité en ligne et notre  l’identité physique.

J’avais 15 minutes pour présenter une vision qui est complexe, et qui suscite autant de questions que d’affirmations. Pour cela, j’avais opté pour une présentation sous une forme scénarisée : chaque élément avait sa place, mais nécessite explications et justifie débats que je n’ai pas pu aborder pendant la présentation. C’est donc dans une série d’articles que je veux revenir sur les idées qui sont à la base de mon discours.

Méthode
Tout d’abord : je ne dispose pas de données quantitatives sur ce que je mets en avant, il s’agit de mes propres observations, des histoires que j’ai entendues pendant les deux dernières années en intervenant comme formateur auprès des publics professionnels dans le secteur du tourisme. Certes, j’ai vu des centaines de personnes, à chaque fois pendant deux, trois ou quatre journées de formation. La plupart du temps, ces journées étaient espacées, ce qui permettait de “travailler” à distance (via des groupes Facebook) entre les journées de contact physique et ce qui favorisait également de mûrir les réflexions des stagiaires dans le temps. Le fait d’interagir entre les journées de formation est souvent la base d’une connectivité qui perdure ; les formations avec journées de travail consécutives connaissent un autre type de connectivité (moins intense dans le temps, mesuré après la formation).
La présentation, et ces articles, sont une sorte de condensé de ce qu’ils vivent au jour le jour était donc la base de ma présentation.

La plupart du temps ce sont des “elles” d’ailleurs, et autant que dans mon imaginaire ce sont des “elles”, le bon usage du français m’impose l’utilisation de “ils”, car, oui, il y a des hommes dans cet univers extrêmement féminine (avec la parenthèse que la plupart des directeurs sont des hommes).

C’est autant une recherche personnelle qu’une tentative d’explication de ce que je pense apercevoir comme des tendances et des systèmes ou encore comme des stratégies de survie des acteurs dans un univers numérique, qu’ils ne comprennent pas tout à fait.

La vie privée
Ce n’est pas un débat sur la protection de la vie privée : mon positionnement est de dire : quand vous existez en tant qu’une personne dans une dimension virtuelle ou numérique,  il faut savoir qui vous êtes et le faire savoir, pour que l’autre sache à qui il s’adresse. C’est intéressant que les gens jugent facilement les autres (pour polémiquer un peu : par exemple les hommes qui se présentent sous forme de fille et plus jeune que leur vrai âge pour des objectifs de séduction), alors que toute une population, (pour des objectifs de gestion du travail /de vie privée ét de séduction / marketing d’un territoire !) fait la même chose (se présenter sous une forme partielle).

Ce sont mes interrogations sur des “techniques” que les gens ont inventées et qui les mettent à mal, sans qu’ils puissent vraiment dire pourquoi. “Facebook n’est pas mon truc, ce n’est pas intéressant, je préfère la vraie vie“, est la suite logique du système qu’ils ont adopté en masse.

Je ne suis pas contre l’utilisation de l’anonymat, des avatars ou des pseudos en ligne, ce n’est pas un jugement d’ailleurs, mais je m’interroge sur ce qui se passe si toute un corps de métiers adopte une stratégie pour ne pas exister vraiment en ligne pendant leur temps de travail, une sorte de clivage en deux de leur personnalité pour ne pas être confronté aux questions, certes difficiles et complexes, de la relation du travail à la vie privée et vice versa, dans une dimension qui voit les frontières entre les deux s’estomper pour le moins, ou alors s’effacer dans un avenir proche. Qu’est-ce qui se passe quand la peur de l’autre et l’angoisse de ce que l’autre pourrait faire à vous et avec vos données prime sur la confiance, et sur les dynamiques qui établissent un équilibre en termes de réputation dans un monde virtuel qui reproduit au final des caractéristiques de contrôle social comme dans les anciens temps…

Le “moi” et mes amis
Pendant deux ans, j’ai entendu de bonnes raisons pour la technique de séparation de l’homme en deux parties : les élus, les directeurs, les habitudes, la crainte, la peur de l’autre. J’ai eu beau à leur faire prendre conscience que leurs vies se ressemblent, il n’y avait rien à faire : “je ne veux pas qu’un tel ou un tel (les collègues, les élus) puisse voir ce que je fais en dehors de mon travail“. Je sais que c’est une attitude franco-française, mais je la ressens comme une attitude dure aussi : celle de l’exclusion et du pouvoir exprimé par un aspect peu important finalement.

Ce que j’ai essayé de montrer pendant cette présentation, est comment moi je me sens avec des gens qui affichent le fait qu’ils veulent uniquement être “mon ami facebook” pour la partie professionnelle et pas pour ce qui représente leur vie privée avec “la bonne partie” : les passions, les sorties, les vraies histoires… Comment je suis sensée de tisser des liens amicales avec des gens qui ne sont pas, ou juste partiellement, ce qu’ils affichent ?

Et pour compliquer le discours : non, je ne suis pas non plus pour tout dire à tout le monde et à tout moment. Je pense que la notion “d’extimité” et ici pour plus d’explications sur la notion d’extimité, mise en avant par Jacques Lacan et reprise par Serge Tisseron, est une notion extrêmement efficace pour décrire ce qui se passe en ligne : nous scénarisons notre vie dans cette dimension numérique et nous y mettons des éléments qui, auparavant, appartenaient à notre sphère intime, aussi pour enrichir notre intimité. Et ce, souvent sous forme de code.

Qu’est-ce qui se passe avec une relation, entre professionnelle et amicale, s’il n’y a pas réciprocité et engagement personnelle ? Et quelles sont, à terme, les conséquences pour la recherche de travail, d’informations, de tout ce qui se passe dans un réseau ? Que se passe-t-il avec cet échange de données qui se traduit en opportunités et richesse, si bien mis en place et entretenu ?

Voilà pour mes interrogations ; j’espère que les histoires qui vont suivre alimenteront vos propres réflexions sur le sujet. Bonne lecture !

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Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

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