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société 2.0

3ème histoire #ET8 : la schizophrénie Facebook

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Série d’articles pour approfondir ma présentation lors des 8èmes Rencontres Nationales d’Etourisme Institutionnel sur le thème des “identités numériques et physiques”. Dans cette troisième histoire sur “Les identités physiques et numériques”, je vous raconterai comment j’ai rencontré sur Facebook un garçon qui était une fille et pourquoi cela m’a choqué…

Connectivité à qui ?
Il y a quelques temps, j’ai assuré une formation dans l’ouest de la France. Mon interlocutrice était une fille, mais elle était en congé maternité. Son remplaçant était un garçon, dont j’ai oublié le nom. J’ai d’ailleurs presque tout oublié de lui, sauf qu’il utilisait l’adresse e-mail ainsi que le compte Facebook “perso PRO” de la fille. Donc oui, j’avais à faire à un garçon, sous forme de fille. Qui ne voulait pas comprendre que cela me mettait à mal. Que je ne savais pas trop comment me comporter, et que cela influençait donc de façon négative mon travail. Il n’y avait rien à faire, il était inflexible, il ne voulait communiquer avec moi sous son propre identité.

Je vous jure, ce n’est pas évident. Je suis assez flexible de nature, mais j’ai mes limites moi aussi ! Je ne pouvais tout de même difficilement lui demander comment allait sa grossesse – mais j’en avais fortement envie :-).

D’autant plus qu’il a disparu en cours de projet, disparu, comme ça ! Sans que j’ai eu la chance de le remercier ou de lui souhaiter bonne voie. Et d’un seul coup, j’avais à faire à la fille d’origine, et j’avais autant de mal à m’y habituer.  On avait pas à faire avec une connectivité entre personne à personne, mais de personne à un avatar en cours de redevenir une personne…

Historique et reprise
Je ne sais pas ce qu’il est devenu. En tous les cas, il n’a pas pu capitaliser sur ce qu’il a fait pendant ce temps de remplacement – il ne pourrait difficilement mettre un lien vers le compte de la fille pour témoigner de ses actions.

Les liens hypertextes sont au coeur de notre activité sur Internet : dès que vous avez quelque chose à montrer, il vous faut un URL. Votre historique web est le témoin de vos activités en ligne, pour le mieux et pour le pire, et ce, sous forme de liens hypertextes, vers et à partir toutes vos publications. Lui, il les a perdus. Mais elle, pire, elle les a récupérés, sans trop savoir ce qu’il a vraiment fait pendant son absence. Et elle l’a regretté, il lui a fallu du temps à se réhabituer à son compte “perso PRO”. Espérons que la naissance de son deuxième bébé sera l’occasion d’un seul compte :-).

L’identité affichée
Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais les profils “PRO” sont souvent représentés par des images comme celles de l’image ci-contre : dans un souci de disparaître complètement, les avatars prennent le devant. Maud, elle, utilise l’image d’une “montagne de chez nous”, pas terrible non plus.

Disparition de frontières : connectivité IRL et numérique
Imaginons pendant un instant que l’OT “de chez nous” a pour objectif de rendre les habitants de chez nous des ambassadeurs de notre territoire. Je passe parfois à l’office, je connais la fille derrière le comptoir, et par hasard, je la “vois” sur Facebook avec un avatar comme dans l’image ci-contre. Est-ce que je prendrai contact avec elle par Facebook ? Est-ce que je saurai à qui j’ai à faire ? Si elle n’est pas là, comment puis-je savoir que quelqu’un d’autre ne prendra pas le relais ? Et si j’ai un problème à lui soumettre, serais-je emmenée à engager une discussion avec un avatar et de lui soumettre ma problématique ?

Qui peut penser qu’un avatar a plus de légitimité de représenter un territoire que des vraies personnes ? Alors, quelle efficacité pour le pseudo dans ce contexte ?

Ethique
Dans son intervention au SPN, en juin 2011, sur la nécessité d’une nouvelle éthique sur Internet, le philosophe Michel Puech donnait un exemple parlant sur notre façon d’interpréter des faits. Il montrait une image d’une petite fillette qu’on voyait devant un ordinateur, son visage tourné vers nous. Les parents derrière, étaient assis à la table de cuisine. Puech disait qu’une telle image suscitait souvent une réaction négative : on laisse les enfants trop jeunes devant un ordinateur, ce n’est pas bien.
En tournant l’image, nous voyons maintenant ce que voit la fille sur l’écran : les grand-parents avec qui elle était en train de prendre, via Skype, virtuellement un café. Et soudain, notre interprétation négative tourne en une interprétation positive.

“Négatif” et “positif” ne sont pas des valeurs fixes, car dans l’exemple de mon premier article sur comment on juge les personnes qui se dotent d’une autre identité pour séduire vs ceux qui utilisent un pseudo pour gérer la bipolarité de vie privée / vie professionnelle, ces derniers (notre “Maud” et ses collègues), en sortent en positif. Alors qu’on peut très bien s’imaginer quelqu’un qui se dote d’un pseudo pour des raisons de thérapie (exister sous une autre forme, sans le corps ou avec une autre corps mental) vs notre “Maud”, et c’est alors “Maud” qui en ressort plus en négatif. Tant que nous ne disposons pas de toute l’information, nous remplissons les trous pour donner du sens à ce que nous comprendrons – avec nos valeurs, nos craintes, nos envies.

Le pseudo peut être très important pour Maud, mais moi, il me met mal à l’aise pour des raisons différentes et illustrées dans ces histoires.
En plus, il me semble que ces pseudos n’ont pas de raison d’être que pour des raisons psychologiques de notre Maud et de ses collègues : elle pourra très bien filtrer ses publications via les listes ou utiliser les groupes pour des discussions entre “vrais” amis, ce qui évitera de me dire : je serai ton amie, mais uniquement pendant mon temps de travail. La question est donc de savoir ce que Maud trouve le plus important dans son relationnel en ligne, moi ou elle (ou son élu :-).

Et quant aux photos de profil : en effet, la photo de Maud avec son bébé n’est pas forcément le meilleur choix (quoique, j’y reviendrai dans un article plus tard). Ok, la photo de profil de Maud en maillot de bain n’est pas forcément le meilleur choix pour sa photo de profil. Mais pourquoi la mettre pour commencer ? Qui disait qu’il fallait faire attention à ce que l’on met sur Facebook parce que les élus, les directeurs, les futurs employeurs….? La photo de profil est toujours visible. Mais franchement, je préfère encore Maud en maillot de bain qu’avec un avatar comme celui ci-contre…!

Au final, ce qui m’intéresse le plus dans ma relation avec “Maud”, est comment elle voit ses relations. Est-ce qu’elles sont réelles pour elle, quelle est leur valeur à ses yeux ? Est-ce juste une histoire de chiffres (“je suis archi-populaire, car j’ai 1 045 amis“) ou est-ce que son réseau représente quelque chose de réel pour elle ? Qu’est-ce que je représente pour elle dans son réseau ? J’en parlerai dans la quatrième histoire… (A suivre).

 

 

 

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Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

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