//
vous lisez...

Enterprise 2.0 | Entreprise 2.0

1ère histoire : Maud, de l’OT de chez nous PRO – #ET8

Bookmark and Share

Dans ce premier article, je vous raconte la vie de Maud, qui travaille comme CM (Community Manager) à l’OT (Office de Tourisme) “de chez nous PRO”.
Le ‘PRO’, pour les non-initiés, veut dire que Maud a un autre compte perso sur Facebook, que j’appellerai son “compte perso perso”. Le compte perso “PRO” est donc le compte qu’elle utilise pendant son temps de travail, et pour des raisons professionnelles.

Maud aurait voulu suivre la formation ANT, “mais son élu n’y était pas favorable“. Elle entretient donc la page Facebook pour son OT comme elle le peut, et elle se sent souvent perdue. Depuis qu’une stagiaire est passée à l’OT, elle et tous ses collègues disposent d’un compte Facebook “perso PRO”, c’est mieux, car comme cela, elle peut s’exprimer lors de son temps de travail sans ambiguïté (!).
Entre nous, l’option pour un compte perso PRO est souvent utilisé pour permettre aux salariés qui ne souhaitent “pas être sur Facebook” d’accepter ce compromis (“ils n’y sont pas vraiment, car c’est dans le cadre du travail” - cette phrase m’interpelle toujours énormément, car c’est presque comme dire : “je n’existe pas pendant mon temps de travail, je suis, mais je n’y vis pas”).

Entre nous, quand j’interroge les salariés des OT sur les bienfaits du compte “perso PRO”, ils ne savent pas vraiment à quoi cela peut servir, autre que de faire la distinction entre leur espace privé et professionnel. Ils publient sur le compte “perso PRO” ét sur la page Facebook, si déjà ils sont responsable pour l’animation de la page, ce qui n’est pas toujours le cas. Ils acceptent la redondance et ne savent pas toujours où ils postent une information et pourquoi, et la plupart du temps les publications sont plus ou moins identiques, sans différenciation en ton ou en ambiance. Comme s’ils parlent aux mêmes publics.

Ce qui est d’ailleurs pas le cas, ou en tous cas, pas uniquement : Maud est populaire, elle a 1 051 amis, “dont beaucoup de collègues, car nous sommes tous amis, on se connaît tous et de mieux en mieux, suite aux rencontres comme celles-ci à Pau“. Après ce genre d’évènements, il y a à chaque fois davantage de nouveaux amis. C’est sympa, car “comme cela, nous échangeons pas mal d’informations entre collègues de partout en France“.

Maud a aussi son compte perso, qu’elle ne peut pas montrer au public, comme vous comprenez.L’est là où je retrouve mes vrais amis, où je parle de mes vraies passions, de nos soirées et des choses de tous les jours. Tiens, d’ailleurs, comme par exemple la sortie que nous avons faite en famille, dimanche dernier : une visite à un superbe château de notre belle région“. Le moment où cet habitante et professionnelle du tourisme aurait pu témoigner de sa passion et son amour pour sa région, elle se réfugie dans son espace privé et ne devient pas ambassadeur de son territoire…?

Maud est du genre à être bien organisée : comme cela, avec ses deux comptes, elle est en mesure de bien contrôler de ce qui se passe dans sa sphère privée et dans sa sphère du travail. “Et comme cela, mon directeur est content, car il sait que je ne suis pas sur mon compte perso perso Facebook pendant mon temps de travail et que je travaille vraiment. Et puis, les élus aussi, ils préfèrent, d’ailleurs, ils n’accepteraient jamais que je publierai quelque chose qui a à faire avec le travail sur mon compte perso perso pendant le temps de travail.”
Deux choses m’interpellent : cette relation automatique entre “être présent et être productif” dont nous parle Stéfana Broadbent dans ‘L’intime au travail’ et mon observation que plus on est en bas de l’échelle hiérarchique, ou plus on se sent en bas de celle-ci, plus on évoque “les élus” ou “le directeur” comme facteur bloquant quand je propose d’avoir juste un compte perso, d’avoir une seule identité en ligne… Quand je leur dis : “mais je vous parle de vous”, ils me répondent : “oui, mais mon élu ne voudrait pas….”. Assez étonnant, comme si l’élu peut décider sur l’identité numérique du salarié de l’organisme qui préside.

J’ai eu tout un débat avec une personne qui s’inquiétait sur sa photo de profil (“Je pense que mon élu la trouve trop eh… peu professionnelle“) et c’est uniquement après avoir vu la photo de “son élu”, qu’elle a accepté qu’elle pouvait être représentée par “sa vraie identitié” : joyeuse, jeune, un peu “fofolle”, mais sympathique. Pour votre information : même moi, je trouvais la photo de “son élu” un peu eh… trop peu professionnelle :-).

Les doubles amitiés
Retour  à notre histoire. La séparation entre sphère privé et professionnel se passe assez bien, jusqu’au moment où la formatrice rebelle commence à poser des questions difficiles :-).
Ou jusqu’au moment où les collègues deviennent “des vrais amis” et qu’on officialise ce lien par une connexion via les comptes “perso perso”. Maud raconte : “Tiens, d’ailleurs, ça commence à être un peu lourd à gérer parfois. Comme la semaine dernière, quand une de mes amies, avec qui je suis amie deux fois (!), a posté cette image sur mon mur. Je n’ai pas vraiment réalisée que c’était sur mon compte du travail, et ma hiérarchie n’était pas forcément contente de ma réponse….” (cf image ci-contre).

Facebook, outil d’inclusion et d’exclusion
Maud continue : “Tiens, d’ailleurs, dernièrement, j’ai demandé quelqu’un qui travaille dans le monde du tourisme en ami, parce que j’avais vu qu’il était déjà ami avec 22 personnes de mes amis Facebook. Quand il m’a refusé,en disant qu’il s’agissait de son compte “perso perso” , je me suis vraiment sentie exclue : pourquoi eux si et pas moi ? Entre nous, vous ne trouvez pas qu’il est un peu gonflé, lui ?

Maud a désormais un autre regard sur cette personne, (“son e-réputation est sérieusement mise en cause”), sauf qu’elle ne pourra pas trop en parler, car “ça ne se dit pas“.  Il est clair que Facebook est souvent autant un outil d’exclusion que d’inclusion. Même si les gens ne sont pas dérangés pas le fait d’être “amis Facebook”, c’est presque comme si le pouvoir de dire “non, je ne veux pas d’un tel” est plus important que le fait d’être ou pas dans un même réseau, car la plupart des gens savent très bien qu’ils peuvent gérer la visibilité de l’autre par tout un ensemble d’outils. (Mais qu’ils sont souvent incapables de faire, ou alors ils ne prennent pas le temps de structurer leurs réseaux.)

Donner et recevoir
Ces deux notions sont souvent invoquées quand il s’agit du marketing et du réseautage : il faut donner pour recevoir, en ligne, c’est comme cela que ça se passe. La question que je pose à mes stagiaires est souvent la suivante : et si vous arrêtiez de vous demander “ce qui est dedans pour vous”, pour vous poser la question : “qu’est-ce que mon réseau et ma présence en ligne pourraient contribuer aux autres ?“.  Cette inversion pourra changer votre regard sur votre présence en ligne.
En tous les cas, elle change la vision sur les doubles comptes, car pour pouvoir donner, il faut exister (vraiment). Je reviendrai sur la relation personne – avatar dans un des articles suivants dans cette série.

 

Share

Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

View BeerBergman's profile on slideshare

Archives