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Ados : les SMS les aident à se sentir mieux

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Arrêtez de ronchonner parce que votre ado passe son temps à écrire des textos sur son téléphone! Une étude israélienne montre que ce mode de communication serait utile pour les ados déprimés et réservés. (See on www.topsante.com) L’étude démontre que… “Pour les chercheurs, la communication virtuelle, même par textos, peut apporter un réconfort moral non négligeable car elle permet de tisser des liens de proximité par messages interposés.”

Article intéressant, mais l’échelle me semble petite, bien que je ne suis pas experte dans le domaine : 150 conversations SMS analysées de 231 jeunes….?
(Le reste du texte est une révision de fin octobre 2012).

Et puis, cela réconforte d’anciennes études, comme celle de Kate Fox (2001 !) sur les fonctions du “gossip” (bavardages) et l’importance de SMS pour les adolescents : “Envoyer des SMS aide les adolescents (…) à surmonter leur gêne / maladresse et inhibitions et à développer des facultés sociales et de communication – ils communiquent avec davantage de personnes, et plus fréquemment, qu’ils ne le faisaient avant l’ère mobile.”
(Teenage social skills. Texting helps teenagers (and some adult males) to overcome awkwardness and inhibitions and to develop social and communication skills – they communicate with more people, and more frequently, than they did before mobiles.”)

Stefana Broadbent en parlait également, lors d’une conférence à Poitiers (2011), et qui m’a interpellé par ses recherches (et, j’avoue, par sa passion et enthousiasme dans ce qu’elle fait !), notamment par rapport aux effets émancipatrices des nouvelles utilisations des réseaux sociaux et des interfaces de communication.

Synchronité / asynchronité, intimité et durée : les nouvelles conventions sociales

L’utilisation de SMS est un choix pour l’asynchrone, à 70% une communication à l’intérieur quand il y a d’autres canaux disponibles (!) et fait partie des canaux préférés des adolescents, qui, historiquement, évoluent dans des contextes très réglementés par leur hiérarchie : les parents, l’école. Stefana Broadbent dit, dans “L’intime au travail” : “les utilisateurs de SMS les plus intensifs appartiennent de façon caractéristique à des groupes sociaux très limités dans leurs mouvements et sous un contrôle très strict : les adolescents, les femmes, les travailleurs peu qualifiés.” (p. 69)

J’y ajouterai ma thèse que le fait d’utiliser, dans certains milieux, un orthographe peu classique, a libéré ces populations d’une double “censure” : leurs SMS sont difficiles à comprendre pour ceux qui ne font pas partie de ce milieu et les utilisateurs semblent décomplexés par une liberté par rapport aux classes sociales plus éduquées. Utiliser un langage codé peut donner un sentiment de pouvoir sur l’inclusion/l’exclusion de l’autre  ; Barendregt (2005) ajoute que “langage est la façon la moins coûteuse pour les populations les moins favorisées d’utiliser une forme de marketing d’eux-mêmes comme personne moderne et branchée”.
L’utilisation et l’invention des codes écrites mènent à une créativité dans l’écriture ; l’écriture qui perd le son mais qui contribue à une plus grande densité de sens (Castells, Fernandez-Ardèvol, Qiu, Sey – “Mobile communication and society” – MIT 2007).

Le fait que le SMS soit asynchrone en fait un canal préféré dans beaucoup de situations, lié au fait qu’il n’est pas nécessaire de négocier l’attention dans ces cas : vous envoyez le SMS et l’autre répond quand il est disponible ou quand il le souhaite. (Voir aussi BJ Fogg’s vidéo sur les “triggers, ability and motivators”.) Broadbent souligne la différence entre l’utilisation des hommes et des femmes, et il serait intéressant de mener des “gender oriented” recherches auprès des adolescents. Fox souligne néanmoins que même si le SMS est un canal asynchrone par nature, une certaine synchronicité est attendue, dépendant du contexte et des conventions spécifiques dans un contexte donné.

… Et voilà qu’ils s’échangent des SMS, alors qu’ils se trouvent côte à côte !?

Le SMS donne l’opportunité aux adolescents de passer des messages d’observations sociales à des personnes spécifiques dans un groupe physiquement présent. On communique avec une ou deux personnes devant le groupe entier. Dernièrement, un ado me disait, en riant : “tu ne pense quand même pas que je dirait cela devant tout le monde”. On peut donc supposer que l’adolescent puisse s’exprimer plus librement par le canal du SMS, et externaliser des propos qui étaient jusqu’à lors impensables d’exprimer.

Broadbent dit des SMS qu’il s’agit d’un canal émotionnel : le canal le plus individuel (voir aussi  la théorie du “Networked Individualism” de Barry Wellman) qui permet de se sentir en compagnie en continu, grâce à cette possibilité de communication en arrière-plan, qui permet une communication synchrone et asynchrone à des moments différents. Les communications semblent longues, se poursuivent comme un flux, plutôt que comme le fonctionnement de “question-réponse” des e-mails (perçus d’ailleurs, comme un canal administratif).

L’avenir mobile ?

En tous les cas, l’étude Israélienne semble réconforter les recherches internationales, et il serait intéressant de réfléchir sur des utilisations structurées et structurelles dans le cas de l’école pour favoriser l’expression et l’émancipation des plus démunis socialement parlant et pour favoriser de nouveaux liens qui permettraient de rompre la solitude de beaucoup de jeunes, ou alors qui leur permettraient de développer les gestes sociales souhaitées…

 

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Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

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