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PrimairesPS et tendances Twitter

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Les primaires du Parti Socialiste font rage sur la blogosphère et surtout sur Twitter et Cie… : analyses (je peux vous conseiller l’excellent scoop.it de Loic Gervais), articles, sondages, multiples RT’s (retweets des messages sur Twitter), avec ou sans abus (lire l’article sur la façon dont François Hollande s’y met). Presque toutes les analyses portent sur la stratégie marketing des candidats : nombre de RT, influence, amplification, … la recherche bat son plein, et c’est très bien.

Pour ma part, je m’intéresse plutôt aux notions de sociabilités en utilisant une technique ancienne : l’observation. Et beaucoup de travail manuel, parfois assisté par mes étudiants à SciencesPo Poitiers, avec qui j’étudie de près les utilisations des candidats à la présidentielle sur les réseaux sociaux.

Les “Following”, ou abonnements : qui sont suivis par les candidats ?
Ainsi, nous nous sommes intéressés aux personnes qui sont suivies par les candidats à la primaire PS, les “following”. Un premier aperçu en chiffres est éclairant, voir l’image de gauche.

Mais nous sommes allés plus loin, et nous avons essayé de voir de plus près en quoi consistaient ces abonnements, les “following” par type de profil, là où c’était possible de le distinguer. Ce n’est pas toujours facile, mais en ce qui concerne les élus par exemple, on arrive à dresser un plan assez nuancé… Cliquez sur l’image pour voir les résultats.

Quelques spécifications : il s’agit d’un décompte manuel, fait par plusieurs personnes. Il est évident que les frontières entre les catégories ne sont pas toujours claires et visibles. Le test a surtout été mené pour voir les tendances par rapport à une vision d’utilisation de Twitter.

Quelles premières conclusions à tirer ? 1/2
D’abord, les candidats à la primaire PS doivent à peu près voir la même chose sur leur TL (Timeline, le flux d’actualités) :  journalistes et élus de leur propre camp font la majorité chez un nombre conséquent. Puis, peu de candidats à la primaire PS (et donc au poste de Président de la République) suivent des comptes étrangers, nous n’avons pas vu de comptes des autres élus socialistes à l’étranger par exemple, et peu d’économistes ou d’autres comptes de personnes qui prônent l’innovation. Mis à part Jacques Attali, suivi par (presque) tout le monde. Mais bon, son compte à lui est un compte fermé. On se retrouve parmi ses pairs, disons.
Troisième conclusion : tous les candidats à la primaire PS ne suivent pas tous les autres candidats …?! Puis, triste record de la candidate présidente de ma région : elle ne suit aucun citoyen…? En revanche, François Hollande en fait le record dans l’autre sens : presque la moitié de ses abonnements concerne des citoyens.

Alors, je m’imagine qu’ils suivent pourtant ce qui se passe dans la société, mais cela doit faire l’objet des cellules d’observation, des influenceurs et des prescripteurs… tout cela dans une invisibilité absolue.

Les abonnements des candidats à la primaire PS / octobre 2011

 

Un contenu maigre
Nombreux sont les analystes qui disent que le contenu des comptes est plutôt maigre et je suis tout à fait d’accord. Peu sont les candidats qui font des compliments aux autres, qui mettent en lumière d’autres personnes ou projets de tiers. Puis, l’absence de liens hypertexte est parfois hallucinant (je suis ici, je viens de là – sans photos, parfois des vidéos), remarque valable pour tous, sauf pour Jean-Michel Baylet. Et c’est seulement lui qu’utilise les #FF pour … ces compétiteurs :-)!
Les candidats doivent recevoir pas mal de questions, mais les réponses sont peu visibles (les “[at]personne” n’étant pas visibles qu’aux personnes qui suivent les deux protagonistes, en cas où vous commencez votre tweet par le [at]personne). Dommage, car les QR sur les réseaux sociaux sont d’excellents moyens de capitaliser sur le facteur social ét informatif en même temps.
Ce contenu maigre n’invite pas à des commentaires ou débats structurés, et nous avons pu observer ces derniers temps en effet un grand volume de RT qui se met en place : la pollution de nos TL est en cours, car quand on est intéressé par ces candidats, on les suit déjà. Reste qu’on peut RT pour établir clairement son positionnement politique auprès de ses propres abonnés…

Les candidats et les Twitterlistes

Le résultat d’une petite recherche de twitterlistes est encore plus étonnant : parmi les six candidats, uniquement Martine Aubry et, en moindre mesure, Jean-Michel Baylet ont mis en place des listes qui disent un peu plus sur leurs équipes. Tous les candidats ne suivent pas des listes de tiers…

La plupart des candidats à la primaire PS n’ont donc pas structuré leurs comptes avec des listes qui permettraient aux internautes de voir de plus près certains sujets par exemple, ou les comptes Twitter de leurs personnes ressources.

D’ailleurs, ces équipes ne sont même pas toujours bien visibles, comme sur le site de Martine Aubry – mais où il manque les liens pour contacter ces personnes – ou sur le site de Manuel Valls, qui joue la carte de la transparence : vous pouvez suivre les personnes de l’équipe de Manuel Valls facilement, car leurs comptes Twitter, Facebook, Viadeo et LinkedIn sont clairement affichés…

Conclusions de la recherche 2/2

Les candidats à la primaire PS ayant tous un compte Twitter, ne semblent pas vraiment intéressés à rencontrer l’autre : la plupart des comptes est utilisé comme juste “another” canal pour le marketing, viral s’il vous plaît.
Mais la viralité n’est pas la même chose que l’approche du Web 2.0 : depuis le Cluetrain Manifesto (1999 !) nous devrions savoir mieux faire, mais hélas ! On donne rendez-vous (via Facebook) pour poser les questions sur Twitter (Ségolène Royal), comme si nous ne pouvons pas lui poser les questions directement. Et si on les pose, les réponses ne sont pas toujours là (résultat de quelques essais auprès des candidats faits par mes étudiants). On ne s’appelle pas tous Maître Eolas (question posée aux candidats par ce “twittos” influent, réponses quasi immédiats).

Il est dommage de constater que la parole de rencontre avec un peuple ne se traduit pas dans une stratégie Web 2.0 qui ne se veut pas être le marketing pur et dur. Et ce marketing, c’est ce dont nous ne voulons pas, au moins pas de la part du futur président(e) de la France.

Dans un interview accordé par Arnaud Montebourg à FranceTV.fr, il le formule ainsi :

Dans un campagne électorale moderne, qui plus est à l’occasion de primaires ouvertes à tous les citoyens non adhérents aux partis politiques, Internet n’est pas seulement un média. Il est un outil de recrutement, de mobilisation et de coordination des volontaires et des équipes qui font campagne sur le terrain.”

Voilà donc pourquoi l’approche web 2.0 échoue… “Internet est un outil de recrutement, de mobilisation et de coordination des volontaires et des équipes qui font campagne sur le terrain, là où nous aurions toutes les chances d’inventer un projet de société bâti et réfléchi ensemble, basé et structuré via et avec les technologies et nouvelles habitudes du “web 2.0″.

“Politique 2.0″, rêve ou réalité ?
Alors, on peut se poser la question si “la politique 2.0″ n’est pas un rêve… Le sociologue Dominique Cardon est sceptique sur cette capacité d’internet de changer la relation à la politique :

“Internet ne révolutionne pas la représentation politique traditionnelle. D’ailleurs, en raison notamment des racines contre-culturelles dont on parlait tout à l’heure, ça n’a jamais été l’objectif des pionniers ; cela ne pouvait être pour eux qu’une conséquence indirecte. Ce n’est que bien plus tard que l’idée de démocratie électronique, de vote en ligne, de présence des partis sur la toile est venue se greffer, comme un corps presque étranger, sur l’esprit d’internet. Alors ce que font aujourd’hui les partis pour réinventer le dialogue avec les militants et les électeurs, c’est très bien… mais il faut reconnaitre que ce n’est pas l’endroit où l’internet est le plus brillant. Les dispositifs institutionnels de consultation ne réunissent pas grand monde. Les échanges entre militants de partis servent avant tout à la coordination organisationnelle.
L’usage des réseaux sociaux permet, dans des circonstances particulières, comme les campagnes électorales ou les débats sur des thèmes chauds d’actualité, de sortir du périmètre strict de l’organisation partisane et de faire transpirer le militantisme politique vers la société. Mais, la politique représentative se trouve aujourd’hui soumise à deux dynamiques absolument contradictoires quand on la regarde du point de vue des médias de communication.”

En d’autres mots : là où Twitter est un super outil pour tisser des liens faibles, pour regarder autour de vous et dans un périmètre plutôt thématique que géographique, et de voir ce qui s’y passe, pour déchiffrer et sentir des tendances, pour tisser du lien avec des personnes que vous ne rencontrerez jamais sur le terrain, les candidats à la primaire PS l’utilisent uniquement dans une approche marketing. Encore une fois : dommage.

Autres exemples ?
Dans les mois à venir, nous allons essayer de voir plus clair ce qui se passe chez les autres candidats, et j’espère pouvoir mener une même recherche auprès des politiques néerlandais (ma langue natale), pour voir si d’autres modèles sont valables et testés. Je vous invite à me faire parvenir vos observations sur les comportements en ligne des hommes et femmes politiques !

 

 

 

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Beer Bergman

Consultante, conférencière, formatrice réseaux et médias sociaux et oui, je l'avoue, social media addict.

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